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Découvrez la photographe Lucile Ali

EC :  Salut Lucile, peux-tu tout d’abord te présenter ? 

Je m’appelle Lucile et je suis étudiante à Strasbourg depuis 3 ans maintenant. Depuis 2016, je suis parallèlement à la Fac des cours de photographie à l’association La Chambre, qui fait office de galerie mais qui anime également des cours du soir et divers ateliers. 

EC : J’ai cru entendre dire que tu étais une artiste, peux-tu m’en dire un peu plus ? 

C’est ma mère, elle aussi passionnée de photographie, m’a initiée très tôt à cet art (9-10 ans). Petite déjà, j’aimais prendre des photos et mettre en scène des images avec l’aide de mes amies. Pendant longtemps, je pensais que je voulais faire de ma passion mon métier et je m’efforçais à participer à des concours et des expositions. Arrivée au Lycée, je pense avoir été découragée par l’absence de débouchés professionnels et un manque de confiance dans mon travail du fait d’une pratique irrégulière.  

Les cours à La Chambre ont vraiment été un tournant. Les deux intervenants, Guillaume Chauvin et Guy Meyer, m’ont beaucoup appris sur l’histoire de la photographie, la sémiologie, les grands noms à connaitre mais aussi ceux dont on ne parle pas assez. A travers ces cours du soir, j’ai donc pu avoir accès à beaucoup de références et surtout une structure, qui je pense est difficile à acquérir seul(e). Ces cours m’ont finalement poussé à faire de la photo, notamment grâce aux missions improbables de Guillaume Chauvin, que l’on peut retrouver dans son livre « La faute aux photos » publié récemment (édition Allia) et que je recommande à tous.  

EC : Quelle technique utilises-tu dans ton travail ? (Argentique ? Polaroïd ? Numérique ?) Quel format est privilégié ? (Photos encadrées, projetées, photos combinées ?) 

Comme beaucoup de ma génération, j’ai commencé à faire des photos avec des appareils numériques. Aujourd’hui, je n’arrive plus vraiment à me retrouver dans cet outil. Je dirai que c’est avec l’argentique que j’ai pu découvrir la photographie. Je trouve ce rapport à la photographie très intéressant, car la photo doit toujours être réfléchie, il s’agit véritablement d’un processus qui nécessite de la rigueur, de la patience et malheureusement beaucoup d’argent aussi. Photographier sans pouvoir avoir un résultat instantané peut sembler frustrant et même décevant par la suite. Mais tout ça fait partie du jeu. On peut d’ailleurs constater de plus en plus qu’un retour à la photographie argentique se fait, avec le mouvement FilmIsNotDead sur les réseaux sociaux par exemple.

Le format que je privilégie aujourd’hui est le format carré. Je l’utilise pas mal quand je prends des photos avec mon téléphone ou encore avec un appareil 6×6 (Rolleiflex/Toyocaflex/Lubitel). Pour mon projet de fin d’année, je travaille avec le Polaroid qui offre également ce type de format. Tout ça n’est pas anodin, j’ai toujours été séduite par les auteurs d’images carré (Bernard Descamps, Vivian Maier, Denis Dailleux et bien d’autres…)   

EC : En quoi ton travail est-il particulier ? As-tu un exemple à nous présenter ? 

Mon travail est influencé par beaucoup de photographes portraitistes. J’admire par exemple la jeune Charlotte Abramow qui s’intéresse principalement à la place des femmes dans la société occidentale mais aussi au photographe Jim Goldberg, qui lui travaille dans le « storytelling » sur des thématiques essentiellement sociales (à retrouver dans ses livres Raised by Wolves ou encore Rich and Poor). Je suis toujours très étonnée de retrouver une sensibilité particulière dans leurs travaux et c’est ce que j’essaye (tant bien que mal) de transmettre quand je fais des images. 

Pour l’exposition de 2017 à La Chambre, j’avais décidé de travailler sur la notion de famille. L’idée était de dresser un « album photo », dans lequel j’ai parlé de la multiculturalité et des étapes de la vie. 

Cette année, j’ai décidé de travailler sur la question de l’identité et des stéréotypes. Ce thème est très large et laisse donc la parole à de nombreuses problématiques (féminisme, racisme, vieillesse, question du genre etc..).

« Ne sont-elles pas enfermées dans le regard des autres ? ». C’est en entendant cette phrase que l’idée m’est venue. L’objectif principal de ce travail est finalement l’émancipation des préjugés par la prise de parole des protagonistes.

Mon outil de travail est le polaroid. Le dispositif est le suivant : Tout d’abord je dresse un portrait d’un individu, qui peut sembler très « pauvre » en qualité d’image. Ensuite, je lui demande de compléter la photo, en écrivant ou en dessinant dessus. A travers ce dispositif, j’espère que le spectateur découvrira des histoires qu’il n’aurait pas pu deviner en regardant simplement la photographie.  

EC : Comment peut-on faire pour voir ton travail ? Publies-tu tes photos en ligne ? (insta ? facebook ?) As-tu des expositions de prévues ? 

Je n’ai malheureusement pas de page ou de compte dédié à mes photos (par manque de temps et peut être par flemmardise aussi pour être honnête).  Pour découvrir mon travail, vous pouvez venir à l’exposition (gratuite) de La Chambre, qui aura lieu dans la galerie (Place d’Austerlitz) entre le 22 et 24 Juin 2018. De nombreux travaux, tous très variés, seront exposés !!

Propos recueillis par Paul Koessler.