Skip to content

Go listen #5 !

Roy Ayers – Vibrations / Spice 1 – AmeriKKKa’s Nightmare / DJ Screw – 3’n The Mornin’ (Part 2)

La société américaine connaît une période de forte turbulence à la fin des années 60. Entre la guerre du Vietnam et le mouvement des droits civiques, les contestations sont de plus en plus fortes. Ces mutations entraînent, par extension, des chamboulements dans le domaine des arts, notamment le cinéma. En 1967 commence la période du Nouvel Hollywood, où de jeunes réalisateurs viennent briser le schéma de production classique de films. L’abolition du code Hays, qui a régi la période classique de Hollywood depuis le début des années 30, permet aux nouveaux cinéastes de sortir de l’autocensure. Ainsi, cette période s’ouvre en 1967 avec la sortie du Lauréat de Mike Nichols et de Bonnie & Clyde de Arthur Penn, exploitant chacun à leur niveau des thèmes jusqu’alors prohibés, comme la violence ou la sexualité.

Cette mouvance s’inscrit dans la contre-culture de l’époque, et évidemment, la musique va également être le théâtre de nouvelles expérimentations.

Dès 1966, en parallèle de la naissance du mouvement hippie et de la consommation de drogues hallucinogènes, le rock va devenir psychédélique sous l’influence des 13th Floor Elevators ou des Beatles.

Le jazz va, de son côté, puiser dans divers genres pour créer le jazz fusion, qu’il soit mélangé au rock ou à la funk. Hot Rats de Frank Zappa ou Bitches Brew de Miles Davis vont faire partie des albums fondateurs de ce style.

Parmi tous ces nouveaux musiciens figure le vibraphoniste Roy Ayers. Lui qui a reçu ses premières baguettes de vibraphone par le grand Lionel Hampton, passe la fin des années 60 dans le groupe du flûtiste Herbie Mann avant d’entamer une carrière solo. Il sera l’une des figures de proue de cette nouvelle musique, mélange parfait de jazz, de soul et de RnB.

Son premier véritable succès arrive en 1973 lorsqu’il compose la musique du film Coffy de Jack Hill, pierre angulaire du cinéma de blaxploitation.

Artiste extrêmement influent dans le hip-hop, son titre le plus samplé est Everybody Love The Sunshine, sorti sur son album éponyme en 1976. Il a, par ailleurs, régulièrement collaboré avec des rappeurs comme Guru, Talib Kweli ou plus récemment Tyler, The Creator.

En 1976, il sort son album Vibrations sur lequel figure le titre The Memory.

Ce sont les premières secondes de ce morceau qui seront samplées sur le titre Face Of Desperate Man de Spice 1. Le morceau sort en 1994 sur son troisième album, AmeriKKKa’s Nightmare. Ce disque est marqué par son écriture violente et réaliste, tout en puisant musicalement du côté de la G-Funk de Dr. Dre.

Grand ami de 2Pac, Spice 1 est un rappeur provenant de la baie de San Francisco. Cette zone de Californie, que l’on appelle la Bay Area, est depuis toujours une zone très surprenante dans le rap. Beaucoup de rappeurs issus de la Bay sont de véritables légendes, notamment ceux de la première génération comme Too Short, les Digital Underground ou E-40. Dès les années 80, la Bay a eu son lot de hits (dont le plus connu reste I Got 5 On It de Luniz), mais malheureusement, pour une raison probablement géographique, la Bay a été éclipsé par Los Angeles, et la plupart de ces rappeurs restent des rappeurs de niche. Tout cela est bien sûr très paradoxal, tant l’influence de cette région est énorme. E-40 a, par exemple, crée de nombreuses expressions rentrées dans le langage courant, comme You Feel Me ? ou That’s Whassup !

Les rappeurs de la génération suivante, comme Dru Down, Rappin’ 4 Tay ou Ant Banks, et dont fait partie Spice 1, ont tous sorti des albums immanquables, mais restent encore aujourd’hui très largement mésestimés.

La filiation entre les morceaux ne s’arrête pas là.

En effet, en 1998, DJ Screw a repris l’instrumentale du morceau de Spice 1 pour en faire une version chopped & screwed, où il superpose l’a cappella de Sailin’ Da South (Intro) de E.S.G.

Né à Houston dans les années 90, le chopped & screwed est une technique de remix inventée et développée par DJ Screw. Elle consiste à prendre un morceau pré-existant et à en ralentir le rythme (screwed) et à répéter certaines parties du morceau (chopped). Le but ici est de modifier la perception de l’auditeur et d’entraîner un état de ralentissement et d’atonie.

Le chopped & screwed est directement influencé par la consommation de sizzurp (ou lean), boisson très appréciée dans le sud des États-Unis, mélangeant sirop codéiné et soda. En effet, les effets recherchés vont être similaires à ceux que la codéine entraîne sur le corps.

Longtemps resté confidentiel, le chopped & screwed s’est aujourd’hui répandu aux sphères plus mainstream de la musique. Il n’est donc pas rare de trouver un album d’artiste populaire remixé dans ce style, avec la pochette du disque passée sous un filtre violet, couleur de la lean.