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Go listen #3 !

Sun Ra – Discipline 27-II / Motorbass – Pansoul

Le sampling n’est pas une technique réservée au rap. Il a globalement été utilisé dans tous les styles de musique, mais a été particulièrement important, en plus du rap, dans la techno et la house.

La house est un genre apparu au début des années 80 dans les clubs de Chicago, notamment le Warehouse (qui, d’après certains, donnera son nom au genre). Elle puise ses origines dans le disco de la fin des années 70, au moment où il devient plus électrique avec l’utilisation, entre autres, de synthétiseurs. 

Après avoir conquis le Royaume-Uni pendant le second Summer of Love en 1988 et 1989, la house et la techno s’exportent en France où leur popularité augmente rapidement grâce aux raves parties. 

C’est durant ces raves que de futurs grands noms découvrent cette musique et commencent à en jouer dans leurs DJ set, avant de commencer à en produire eux-même. Philippe Cerboneschi alias Zdar fait parti de ceux-là. Au début des années 90, il était ingénieur du son et a notamment travaillé avec MC Solaar sur ses quatre premiers albums. C’est dans les studios qu’il rencontre Boombass, avec qui il formera le duo La Funk Mob, qui deviendra plus tard Cassius. Le duo, fan de hip-hop, produit des morceaux pour Solaar et sort plusieurs maxis sur le label anglais Mo’ Wax.

Zdar se lance dans la house avec Étienne De Crécy en formant le duo Motorbass. Groupe éphémère, ils ne sortiront qu’un seul abum en 1996, Pansoul, qui participera à l’éclosion de la French Touch avec la sortie de Homework des Daft Punk un an plus tard. 

L’album se compose de huit morceaux. On y retrouve beaucoup de samples de soul et de funk, notamment Funkadelic, Isaac Hayes ou les Honey Drippers avec leur fameux breakbeat au début de Impeach The President. Chaque morceau s’étire en longueur, certains durant plus de 8 minutes. Mais malgré la durée, on ne s’ennuie jamais, de nombreux éléments viennent progressivement habiller les morceaux créant ainsi de multiples variations.

Zdar dira plus tard en interview qu’ils étaient tous les deux obsédés par le free jazz, et voulaient faire du jazz moderne avec ce disque. C’est pourquoi, comme souvent dans le free, tous les titres durent aussi longtemps.

Et ce n’est donc pas pour rien que le quatrième morceau de l’album, Neptune, est basé sur un sample d’un des plus grands et des plus énigmatiques musiciens de free jazz de l’histoire, Sun Ra. Le morceau du même nom provient de son album Discipline 27-II, sorti en 1973. Le groupe y sample la voix de Sun Ra à la fin du morceau.

Le sample apparaît à 5:34 :

Le sample apparaît à 0:24 :

On y entend Sun Ra dire : have you heard the latest news from Neptune ? Cette phrase est dans un premier temps pitchée, puis jouée dans la tonalité originelle. En plus d’avoir samplé sa voix, Motorbass utilise la boucle comme dans le morceau de Sun Ra : elle est répétée tout le long, comme un mantra. 

Cette technique est peut-être un hommage à d’autres morceaux de free jazz qui utilisaient déjà cette forme de répétition. A commencer par ceux de Sun Ra lui-même. Ses titres When There Is No Sun et Space Is The Place sont construits de la même manière, avec ces voix qui répètent inlassablement les mêmes phrases, jusqu’à faire rentrer l’auditeur dans une sorte de transe. On peut citer également Acknowledgement, le premier morceau de l’album A Love Supreme de John Coltrane ou, dans une moindre mesure, The Creator Has A Masterplan de Pharoah Sanders.

Sun Ra fait parti de ces artistes difficiles à définir tant son personnage et sa musique sont complexes. Il a développé tout au long de sa carrière un personnage mystérieux, presque mythologique en incorporant dans son univers des éléments touchant au domaine de l’astronomie ou de l’égyptologie. 

Son imagerie afro-futuriste et spatiale inspirera par la suite de nombreux artistes, notamment George Clinton et ses deux groupes Parliament/Funkadelic. George Clinton qui aura lui-même une forte influence pour les artistes rap et house des générations suivantes. La boucle est bouclée.

A écouter également : John Coltrane – A Love Supreme (1965) ; Sun Ra – Lanquidity (1978) ; Pharoah Sanders – Tauhid (1967) ; Albert Ayler Trio – Spiritual Unity (1964) ; Parliament – Mothership Connection (1975) ; St Germain – Tourist (2000) ; Cassius – 1999 (1999) ; Air – Moon Safari (1998) ; Etienne De Crécy – Superdiscount (1996)

Par Anatole Blaison. Illustration par Paul Koessler.