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Go listen #2 !

Teddy Pendergrass – Teddy Pendergrass / D’Angelo – Voodoo

Quand on parle de musique soul des années 60 et 70, on pense très souvent en première intention aux deux grands labels que sont Stax et Motown. Il faut dire que ces deux labels comptaient à eux seuls certains des plus grands noms de la musique afro-américaine : Marvin Gaye, Diana Ross, Stevie Wonder, Edwin Starr, les Jackson Five, Isaac Hayes, Booker T. & The M.G.’s, David Porter, Otis Redding, etc. 

Cependant, d’autres labels plus petits méritent également de l’attention. On peut citer notamment le label Hi Records, qui comptait dans ses rangs Al Green, Ann Peebles, Syl Johnson ou encore O.V. Wright.

Et du côté de Philadelphie, un autre label sera créé un peu plus tard que les autres mais aura une influence majeure et développera même, avec le label Philly Groove Records, un sous-genre à part entière, la Philly Soul. Il s’agit de Philadelphia International Records, qui fut fondé en 1971 par un duo de producteur et arrangeur, Kenneth Gamble et Leon Huff. Le genre fut principalement développé par les nombreux producteurs et compositeurs de la ville, dont Gamble & Huff mais aussi le duo McFadden & Whitehead, Thom Bell ou encore Dexter Wansel. 

La décennie 70 a été la plus prolifique pour le label avec la sortie de nombreux albums à succès de ce style à la limite entre la soul et le rhythm & blues. 

Parmi tous les artistes du label, on trouve Teddy Pendergrass qui, avant d’entamer une carrière solo, faisait partie du groupe Harold Melvin & The Blue Notes. Il passa la majeure partie de sa carrière chez Philadelphia International. Il sortit son premier album solo sobrement intitulé Teddy Pendergrass en 1977. Sur cet album se trouve le morceau And If I Had qui débute par quelques notes de contrebasse. 

C’est cette première seconde qu’est allé piocher DJ Premier pour composer Devil’s Pie, le premier single de l’album Voodoo de D’Angelo. Primo est le spécialiste pour sampler des extraits très courts, les chopper et en faire des boucles imparables. Comme autres exemples de samples, on peut citer Theme Bahamas de Ahmad Jamal samplé sur I Gave You Power de Nas, ou Chain Reaction de The Crusaders utilisé sur You Can’t Stop The Prophet de Jeru The Damaja.

D’Angelo fait partie d’une génération fortement influencée par tous ces artistes de soul. Son premier album Brown Sugar, sorti en 1995, sera le premier véritable succès d’un mouvement qui était jusque là encore balbutiant, la neo soul. Il développe avec d’autres artistes comme Maxwell ou Lauryn Hill une musique très inspirée de cette période, avec des touches plus modernes.

La préparation de son deuxième album commença dès 1998 au studio Electric Lady à New York, où il s’enferma avec le batteur de The Roots, Questlove. Ces sessions d’improvisation leur permirent d’inviter progressivement d’autres artistes dans le même état d’esprit comme J Dilla, James Poyser (qui était apprenti chez Gamble & Huff), Erykah Badu, Common, Talib Kweli, Q-Tip, Raphael Saadiq, Mos Def et Bilal. Ils formeront le collectif The Soulquarians.

Durant l’année 1999, les albums de Common, Erykah Badu et D’Angelo sont en préparation au même moment dans le studio. Une énergie créatrice se propage et tous les artistes cherchent à donner le meilleur d’eux même pour créer des disques intemporels.

Finalement, le collectif n’aura que très peu vécu, et des disparités artistiques ainsi que des questions d’ego y mettront fin au tout début des années 2000. Il ne reste qu’une flopée d’albums produits par les Soulquarians durant cette période bénie.

Toutes les bonnes choses ont une fin.

A écouter également : Erykah Badu – Mama’s Gun (2000) ; Common – Like Water For Chocolate (2000) ; The Roots – Things Fall Apart (1999) ; The Stylistics – The Stylistics (1971) ; Dexter Wansel – Life On Mars (1976) ; The Delfonics – La La Means I Love You (1968)

Par Anatole Blaison. Illustration par Paul Koessler.