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Go listen #1 !

Le but de ces articles est de faire découvrir la filiation qu’il peut y avoir entre les morceaux, et surtout de donner envie d’écouter les albums.

Dorothy Ashby – Dorothy Ashby /
The Pharcyde – Labcabincalifornia

C’est en 1979 que sortit le premier morceau de rap de l’histoire, le fameux Rapper’s Delight du Sugarhill Gang, titre important qui pose les jalons d’une musique qui ne devait être qu’une mode passagère. Le morceau utilise une technique qui sera utilisée par nombres de producteurs durant les 40 années qui suivirent, le sampling. Un sample, c’est un échantillon de musique (ou autre) que l’on va prélever sur un disque préexistant et le réutiliser pour en créer une nouvelle.

Il y a plusieurs manières d’utiliser un sample. Certains vont l’utiliser sans trop le modifier et le laisser parfaitement reconnaissable. On pense par exemple au label Bad Boy, qui avait l’habitude de sampler des morceaux très connus et de les laisser tel quels pour parfois faire des morceaux à la limite de la reprise (entre autres I’ll Be Missing You de Puff Daddy qui sample Every Breath You Take de Police ou encore Feel So Good de Ma$e qui se sert du Hollywood Swinging de Kool & The Gang).

Pour d’autres producteurs, le sample sert de matière première. Ils vont le triturer, le pitcher, le dépitcher, le chopper pour ainsi créer un son nouveau.

C’est le cas de J Dilla, producteur éminemment important et ayant une influence énorme, malgré une carrière relativement courte qui s’étale de 1994 à 2006, date à laquelle Jay Dee décède d’une maladie du sang. Ses batteries ont marqué plusieurs générations de beatmakers. Il avait l’habitude de ne pas utiliser la fonction quantization de sa MPC, ce qui donnait à ses instrus un son plus organique et un groove inimitable. 

Natif de Detroit, il passe la première partie des années 90 à bosser avec son groupe, Slum Village. 

C’est en 1995 qu’il apparaît à la production de l’album Labcabincalifornia de The Pharcyde, groupe originaire de Los Angeles. L’album sort trois ans après Bizarre Ride II, premier album et premier succès du groupe.
Jay Dee y signe 5 titres, dont le single Drop. Production composée d’un scratch des Beastie Boys et d’un sample énigmatique mis en reverse. Il a fallu plus de 20 ans et qu’un internaute poste l’instru en reverse sur Youtube pour découvrir d’où provenait l’échantillon. Il provient du morceau Django de la géniale Dorothy Ashby.

Le sample apparaît à 0:07 :

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Le titre est accompagné d’un clip réalisé par Spike Jonze (qui réalisera plus tard notamment le clip de Da Funk des Daft Punk et Flashling Lights de Kanye West) qui est une belle continuité du morceau. Le groupe est filmé interprétant la chanson en marche arrière puis les séquences elles-mêmes sont mises en reverse. Cet effet génial donne au clip un côté psychédélique et de la profondeur au morceau.

Le fait d’aller chercher un sample de harpe démontre l’ouverture d’esprit et la culture musicale de J Dilla, qui fut aussi l’un des premiers à sampler de la musique brésilienne. Parmi ses samples les plus iconiques, on peut compter Diana In The Autumn Wind de Gap Mangione (samplé sur Fall In Love de Slum Village) ou encore Saudade Vem Correndo de Stan Getz et Luiz Bonfá sur le titre Runnin’ des mêmes Pharcyde.

Dorothy Ashby est une harpiste américaine injustement méconnue. Ayant eu une carrière importante dans les années 50 et 60, elle a aussi travaillé avec de nombreux artistes très reconnus comme Minnie Riperton, Freddie Hubbard, Stevie Wonder ou encore Bill Withers. Moins connu que Hip Harp ou Afro Harping, son album éponyme sort en 1962. L’album varie entre les morceaux plus groovy et d’autres plus smooth. Réalisé en trio avec seulement Herman Wright à la contrebasse et John Tooley à la batterie, ce minimalisme laisse beaucoup de place à Dorothy Ashby pour s’exprimer. L’album compte un autre sample important, le morceau Satin Doll qui a été utilisé par Pete Rock pour The Boss, sorti en 2001.

Le sampling est intéressant à différents niveaux. Il permet notamment une transmission de tout cet héritage musical aux générations successives en faisant découvrir des genres ou des artistes que l’on n’a pas l’habitude d’écouter. 

A écouter également : J Dilla – Donuts (2006) ; Slum Village – Fantastic Vol. 2 (2000) ; The Pharcyde – Bizarre Ride II The Pharcyde (1992) ; Dorothy Ashby – Afro-Harping (1968)

Par Anatole Blaison.
Illustration par Paul Koessler.